AU DELA DU PAIN
Au-delà du pain, il y a Le Tout, les forces de la création et l’homme…
Au-delà de l’aliment savoureux et nourrissant, au-delà de ce symbole du partage, des personnes œuvrent de concert avec le mystère de la création et la générosité de la nature.
Celles et ceux qui travaillent avec notre sœur la Mère Terre, et s’allient respectueusement aux forces cosmiques et terrestres qui font pousser le blé, s’associent à ce cycle merveilleux : le grain de blé mis en terre qui meurt pour mieux transmettre sa force vitale, devient pousse tendre l’hiver, puis herbe, et développe les épis dorés qui portent les nouveaux grains en abondance. Grâce au labeur du paysan, ce blé est récolté et stocké avant de devenir farine le moment voulu.
Celles et ceux qui travaillent avec notre sœur l’Eau, s’arrangent de la chaleur de notre frère le Soleil, des marées dues à la grand-mère la Lune et de la connaissance ancestrale de la géométrie dans l’espace, pour séparer le sel de l’océan atlantique. Les paludiers interviennent avec force et précision en modelant les salines qui, peu à peu, par évaporation, permettront de recueillir ce sel qui rehausse notre pain quotidien.
Celles
et ceux qui plantent et entretiennent les arbres sont ancrés
à la Terre et ont la tête au ciel. Ils sont, de
plus, dans l’air du temps car ils sont dans la
durée – ce temps que met unarbre à se
constituer, à se renouveler.
Ici, on élague “en têtard
” les arbres dont les branches retaillées et
liées formeront ces fagots qui permettent de chauffer le
four à pain.
Les journées fagots sont aussi ces moments
précieux d’entraide, de rencontres et de
fêtes indispensables.
Celles et ceux qui taillent et piquent les pierres des moulins ou les font tourner pour que le blé à l’écorce dure, devienne une fois écrasé et tamisé, cette farine si douce aux mains, évocatrice de pains et pâtisseries.
Celles
et ceux, les rassembleurs, qu’on appelle aussi boulangers,
qui rassemblent autour de l’odeur du fournil, et
mélangent à bout de bras la farine,
l’eau, le sel et le levain.
Eux sont peut-être les plus
privilégiés, car ils vont voir
l’aboutissement lent de ces énergies et de ces
rencontres précédentes.
Pareils à l’enfant qui joue, ils vont malaxer,
pétrir, étirer ou tourner la pâte selon
leur humeur et leur tempérament, réveillant les
forces merveilleuses de la fermentation, de la panification ; en y
incorporant du temps, le temps de la levée, ils vont
façonner, mettre en forme ces “ pâtons
” en pains longs ou ronds.
Enfin, en boutant le feu au four, comme le bouquet final d’un feu d’artifices qui fera blanchir la voûte et la purifiera – condition indispensable pour être digne de cuire les pains – ils ajoutent le dernier élément indispensable.
La Terre, l’Eau, l’Air, le Feu, rassemblés pour nous offrir ce cadeau extraordinaire, fruit de la création et de l’ouvrage des hommes, LE PAIN.